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Stabilité du mouvement des choses

Julien Bernabé peint le mouvement des choses et non les choses telles que nous les voyons, ni les mouvements de nos âmes, ces passions qui, dit-on, les agitent : émois, douleurs, désirs ou colères. Et si les titres de ses œuvres ont un sens, ils indiquent d’abord que ces mouvements sont des rêves, des souvenirs, des rencontres avec les choses.

Le titre des œuvres importe peu. Il nomme le motif et donne une direction pour le regard. Il indique ce qui émeut le peintre et doit nous guider dans la découverte de son œuvre. Car le mouvement des choses est abstrait. Il est saisi dans son essence. Nous ne le voyons pas. La nature est morte, et la peinture seule lui donne vie. Et l’un de ses paradoxes est quelle nous la montre concrètement. C'est pourquoi Léonard de Vinci disait : la peinture est cosa mentale. Chose mentale ? Non : l'affaire de la pensée.

La peinture de Julien Bernabé ne représente rien, à proprement parler. Elle ne reproduit ni ne figure. Cela signifie simplement qu'elle ne montre rien qui puisse être donné d'autre part, dans la réalité. En quoi elle est création. Elle donne ce qu’elle abstrait ou tire d'un lieu où il n'y a rien, et qui est peut être notre tête. Il n'y a d'esprit que dans le rapport aux choses, qui est l'art même. C’est un autre paradoxe. La peinture abstraite est production concrète du mouvement des choses. Sont ainsi le concret de la pensée et les figures de l'imagination.

Ce mouvement inapparent dans la peinture de Julien Bernabé est fixé et comme stabilisé sur la toile. Son graphisme et la richesse de ses couleurs inscrivent mille parcours pour nos regards, qu'ils sont à la fois libres et contraints de suivre, glissant sur les surfaces ou plongeant dans ses profondeurs à vitesse réglée, surpris et transformés: ils épient, embrassent, percent, reposent, contemplent, ou simplement, voient.

Bernard PROUST 1976